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Billet d'humeur

Lettre ouverte à Colette

Chère Colette,
Je t’écris de Venise, point d’arrivée de mes 16 semaines de marche à travers la France puis l’Italie. Eh oui, cet été, un projet bien différent des autres, m’a tenu sur mes deux pieds.
L’idée était de partir de Montmartre, de l’immeuble où je suis né, à 100 mètres de mon studio actuel. L’idée était de parcourir de façon plus ou moins aléatoire la distance qui me séparait de Venise (voire Dubrovnik, à l’origine).
A pied.
Ceci afin de faire une rupture avec mes habitudes de prendre l’avion ou de survoler l’espace entre mon point de départ et mon point d’arrivée. C’est un voyage bien différent, au rythme de mes pieds, des journées qui passent, des kilomètres qui défilent lentement.
J’ai programmé quelques étapes en fonction de mes amis qui pouvaient me recevoir sur le parcours :
1- Christine et Xavier, Ormesson sur Marne
2- Evelyne et Didier, la Mothe, près d’Auxerre
3- Madeleine et Jacques, Pouilly sur Loire
4- Anne et Catherine, la Saree, Hery, dans le Cher.
5- Pascale, les Figolets, proche de Renaison, à coté de Roanne
6- Didier et Francoise, Ambierle, à coté de Renaison
7- Jean, Arles
8- Joelle, Aix en Provence – chez elle mais sans elle!
9- Pierre et Anne-Marie, Bandol
10- Nathalie et Frederic, Cannes
11- Gilbert, Nice
12- Olivier et Nicolas, Cap d’aïl
13- Flavien, Venise
Le reste étant décidé au fur et à mesure : du jour pour le lendemain, du matin pour le soir, du soir pour le soir.
J’ai parcouru 2 374 km en 81 jours de marche, soit une moyenne de 29,3 km par jour.
Un minimum de 4km dans une journée.
Un maximum de 47km dans une journée.
magnifique expérience de ne dépendre que de soi. Décision du chemin à suivre. Surprise de chaque instant. Rencontres improbables. Nouveaux liens d’amitié. Découvertes décousues mais s’inscrivant dans un tout.
Cela va même s’illustrer dans le choix des romans. Je les ai trouvés de façon aléatoire et dépendant des disponibilités des librairies locales. A chaque fois, ils se sont trouvés connectés à mon parcours :
– l’abyssin de Jean- Christophe Ruffin : évocation des camisards, dans les Cévennes que j’ai découverts en vrai 3 semaines plus tôt.
– un arc en ciel dans la nuit de Dominique Lapierre. L’histoire de l’Afrique du Sud avec l’arrivée des protestants des Cévennes.
– le rapport Gabriel de Jean d’Ormesson. description de la vie dans le château de Saint Fargeau ( que j’ai visité en mai), questionnement sur le monde actuel ( les mêmes que moi), évocation de Venise.
– Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Description du libertinage parisien du XVIII eme siècle qui a influencé les moeurs des familles vénitiennes.
Au bout de ces 16 semaines, Venise. J’y reste 12 jours. L’appartement de Flavien, un ami, libre depuis son retour à Paris le 31 août, est ma base. Il a ce trésor d’avoir une terrasse (altana en vénitien) avec vue sur tout Venise. C’est un régal d’y prendre le petit-déjeuner, d’y bronzer pour effacer mes 4 mois de marques de bronzage du marcheur, d’y faire la sieste, d’y diner avec des amis. Je m’y repose de mes efforts pédestres. J’y prends le temps de vivre et de faire peu de chose. J’y réfléchis à mon avenir. Dans quelques jours, retour à Paris.
Reprise de mon nouveau métier de professeur.
Mais surtout, la page blanche d’une nouvelle tranche de ma vie.
Cette marche est symboliquement une période de transition entre mon passé et mon avenir.
Mon passé, je le connais très bien. Belles réussites professionnelles. Belles relations amicales. Belles ententes familiales.
Mais depuis 4 ans, perte de sens et questionnement sur la suite de ma vie.
Le 30 octobre 2010 – rupture volontaire du rythme établi. Je quitte mon employeur depuis 11 ans.
Réflexion.
Souhait d’un nouveau challenge.
Constat d’un monde qui m’entoure qui ne me convient plus bien. Envie d’un futur plus porteur de valeurs et  en adéquation avec mes aspirations.
Mais ce futur, par où se diriger pour qu’il devienne mon quotidien?
Lors de cette marche, souvent où je suis passé, j’ai senti la gloire du passé, rarement la construction d’un meilleur futur..
J’ai visité les vestiges des splendeurs romaines vieilles de 2000 ans, des dizaines d’églises avec leurs chefs d’oeuvres anciens, des châteaux défiant les lois de l’architecture, des villes érigées de tours symboles de la fierté et de l’arrogance de quelques hommes.
Cependant, deux zones échappent à ce constat : les Cévennes oû la nature et les hommes sont en symbiose et surtout les Apennins.
Ces montagnes que j’avais d’abord jugées comme un obstacle se sont révélées être le clou de cette marche. Il a fallut beaucoup d’effort pour grimper et descendre continuellement entre 1500 et 2000 mètres d’altitude. Mais quelle récompense de contempler cette nature et de suivre le chemins des cîmes. 
Quel bonheur de découvrir une source d’eau et de s’y abreuver en constatant que cette eau a un goût différent de toutes les autres.

Je comprends maintenant pourquoi cette lettre que j’ai souhaité commencer depuis Saint Jean Cap Ferrat { * = Colette s’appelle FERRAT} n’est jamais sortie avant aujourd’hui. Je n’avais pas le recul pour l’écrire, la maturité pour la penser, la tranquillité pour l’accoucher.
Je peux enfin constater que je me suis surpassé dans une aventure dictée par mon esprit. Personne ne m’y a forcé. Ce projet s’est imposé à moi en mars 2009, va savoir pourquoi?
Je n’ai pas encore la réponse!
Ce projet a été tellement fort qu’il y fallut que je le mette en place, que je m’entraine, que je m’équipe, que je quitte Paris pour cet impérial besoin de mettre un pied devant l’autre. Bien sûr, au fur et à mesure des kilomètres, mes pensées se sont libérées. J’ai eu le temps de penser à plein de choses, d’imaginer plein de futurs possibles, rêver à des projets en gestation :
– créer une collection de tee-shirts totalement réversibles : 4 façons de les porter
– acheter puis rénover un nouvel appartement
– collaborer avec C&Compagnie, une société de formation pour adultes dans les entreprises du luxe français
– développer mes collaborations avec les écoles de mode pour enseigner le management de la mode, la production des vêtements textiles, le marketing appliqué à la mode.
– écrire un livre sur les métiers de la mode.
– devenir consultant pour aider les sociétés à créer leurs collections de vêtements, pour aider les employés en période de crise de carrière.

Tout ceci a tourné dans ma petite tête, plus ou moins vite certains jours. Parfois l’angoisse a accompagné mes pas car je ne savais plus quel projet favoriser et mettre en place à mon retour. D’autres jours, surtout après une conversation téléphonique avec Marie, j’ai repoussé à plus tard le besoin de choisir et d’agir.
Tout reste possible. Mon futur n’est pas encore commencé.
Aujourd’hui, je quitte Venise. Je vais à Trieste en train. Je ne sais pas combien de jours je vais y rester. Je n’ai pas encore décidé si je rentre ensuite à Paris ou si je poursuis jusqu’à Dubrovnik. Je vais laisser les choses se faire tout doucement. Je ne programme plus ma vie à plusieurs années.
Suis-je guéri?
Toujours est-il que j’ai réalisé cette marche, que mon corps a très bien supporté, que mes pieds sont encore entiers (merci Anne), que ma volonté n’a pas faiblit.
Je me sens plus fort. La volonté fait réaliser des choses extraordinaire.
Je n’ai pas encore identifier le chemin que je vais suivre à mon retour à Paris. Je n’ai pas encore visualiser mon objectif futur. Mais est-ce nécessaire dans un monde si fluctuant?
Sans aucun doute, dans les mois qui viennent, je me construirai une nouvelle vie qui m’ira bien.
Voilà Colette, ma petite lettre des vacances a pris une allure de manifeste et de synthèse d’une étape de ma vie.
Je te remercie de me l’avoir inspirée.
En fait cette lettre deviendra une lettre ouverte. Je vais me permettre de la recopier pour la publier sur mon blog : mahecasa.wordpress.com . Elle est un peu un bilan au bout de mes 2374 kilomètre de chemin.
Je t’embrasse ainsi que toute la famille.
François.

{* pour ceux que ne connaisse pas Colette : je l’ai rencontrée lors de mon premier séjour à l’île Maurice. J’ai habité chez elle le temps de l’organiser et de trouver un logement pour mes 6 mois de séjour sur l’île. Elle est la mère de Jean Patrick qui a étudié dans la même Ecole que moi à Lille. Je suis toujours en contact régulier avec elle depuis 1987. Nous nous écrivons régulièrement meme si nous ne nous sommes pas vus depuis 1999…}

Discussion

12 réflexions sur “Lettre ouverte à Colette

  1. Tu n’as pas encore trouvé ton étoile à suivre?

    Publié par visiteur | 15/09/2011, 12:41
  2. Belle et émouvante lettre, François….
    Vibrant témoignage de ta profonde sensibilité souvent bien camouflée derrière un flagrant besoin de remparts !!!
    Je t’embrasse te souhaitant bon retour à Montmartre …
    D.

    Publié par D. | 17/09/2011, 12:28
  3. C’est vrai c’est touchant, la lettre. On voit que nous les êtres humains, nous ne sommes pas seuls. A chacun ses problèmes.

    A propos des étoiles, j’ai trouvé le mien il y a 19 ans. Je l’ai suivi pendant 6 ans. C’est à dire, mon rêve. Mon étoile m’a conduit ici …me voilà à ma place que j’ai cherché longtemps. J’ai la paix maintenant dans mon coeur.

    Voici un poème à partager, c’est un petit tableau que j’ai acheté en Angleterre il y a des années:

    AT THE GATE
    OF THE YEAR
    I said to the man who
    stood at the gate of the year,
    « Give me a light that I may
    tread safely into the unknown. »
    And he replied –
    « Go out into the Darkness
    and put your hand into the
    hand of God.
    That shall be to you better
    than light and safer than
    a known way. »
    (Quoted by His Majesty the King in an Empire broadcast)

    Bon retour à Paris!

    Publié par visiteur | 17/09/2011, 19:10
  4. tu viens de m’émouvoir comme jamais… et je me dis que c’est curieux d’en passer par l’outil internet pour partager tout ceci avec toi mais les voies, voix (?) du seigneur ne sont elles pas impénétrables?Je pense que Paris n’est pas propice à ce partage, cette réflexion….on s’y perd souvent, on suit de mauvaises pistes. Il y a une chose que je pense que tu auras trouvée : la liberté, celle d’être, celle de penser.
    Merci pour ta carte. A bientot, j’ai hâte de te revoir

    Fanfan des b….

    Publié par debouté | 18/09/2011, 16:06
  5. Merci pour ta carte et pour tous ces soupirs chargés de tant de bonheur de vivre et de légèreté.
    Bravo pour cette longue marche et pour l’exercice de réflexion qui en découle, pour la lettre qui la conclue.
    Fascinant ce lien entre la progression géographique et celle du mental.
    + 1 avec Fanfan des b : on dirait bien que tu as trouvé La Liberté.
    Nous t’embrassons.
    KIKI & XAVIER

    Publié par KIKI & XAVIER | 18/09/2011, 18:00
  6. On peut faire le tour du monde à pied sans trouver la réponse à ses questions. D’autre part, on peut la trouver chez soi du jour au lendemain, comme « un éclair ».

    Tu as beaucoup de projets, difficile à faire ton choix?

    Moi, je n’en avais qu’un seul. Les portes se sont ouvertes ou non, voilà comment j’ai avancé…j’ai dû arrêter devant les portes fermées et changer de cap…mais petit à petit j’ai pu aller jusqu’au bout.

    Bonne navigation!

    Publié par surfeur | 19/09/2011, 11:33
  7. Merci François de cette belle carte de Venise … lieu plein de mystère et d’émotion … Merci de nous faire partager ce beau parcours et vos sentiments après ce périple . Vous etes un garçon « délicieux » avec une grande sensibilité , j’ai hate de faire votre connaissance , bientot j’espère … Bon courage pour la reprise et le retour à la réalité .Je vous connais déjà un peu à travers notre ami Didier , mais qui reste toujours très discret et très secret !!! Je pense à vous et vous embrasse . Yvette

    Publié par Yvette Yvrard | 23/09/2011, 08:52
  8. Quelle merveilleuse aventure… Merci pour ce partage, merci pour ta poésie, tes images, tes pensées et aussi pour ta carte qui nous a beaucoup touchée Domi et moi. Je te souhaite un futur à la hauteur de ta belle personne.

    Publié par marechal | 24/09/2011, 16:00
  9. On attend la suite avec impatience…

    Comment ça va à Paris? Il fait beau?

    Publié par unlecteur | 25/09/2011, 10:28

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